Je ne suis pas là pour une écologie du renoncement

Notre Congrès arrive et la campagne interne va aller crescendo, au risque d’entendre nombre de petites phrases assassines dont le seul but est de grappiller des voix.

Historiquement, l’écologie politique s’est souvent partagée en deux : les environnementalistes contre les subversifs, les « en dehors de l’échiquier politique » face aux positionnements de l’écologie politique sur une tradition de gauche et maintenant les « pro sortie du gouvernement » face aux volontaristes de la participation.

Que de chemin idéologique parcouru pour un schisme aussi terre à terre : autrefois les écologistes envisageaient une société différente, maintenant ils laissent à penser que leur préoccupation première est la participation ou pas au gouvernement.

L’entrée au gouvernement et la présence de nos deux groupes parlementaires nous ont renforcés dans l’opinion comme un parti capable de gouvernance. Ce résultat fut également  la résultante du travail de terrain de nos élus locaux : les citoyens constatent au jour le jour que leurs villes, départements ou régions évoluent suivant des principes et des politiques apportés par les écologistes. Le tri sélectif, les nouvelles visions de l’aménagement du territoire, la démocratie participative, la mutation des transports, tous ces changements auraient-ils pu arriver sans la ténacité des verts au fil des années ?

Mais il a fallu composer, et composer est un terme de construction. Les écologistes sont à la tête de quelques communes, certes, mais, pour être dans une majorité de projets, ils se sont alliés dans les départements et les régions avec les socialistes la plus part du temps. Le grand Satan si décrié ce jour nous a-t-il fait perdre notre âme ? A moins que lui-même au niveau local n’ait évolué et ait fait siennes nos propositions (velib, place de la voiture dans la ville, développement de l’économie sociale et solidaire, etc.).

La question de la sortie du gouvernement, pour nous, n’est pas taboue. Mais elle n’est pas notre obsession. Il ne faut pas mettre de côté que si sortie il y avait, nous devrions la faire sur un constat d’échec. Certes, la liste de nos désaccords est longue : CICE, ANI, traités européens d’austérité et de libre échange (TSCG, traité de libre-échange atlantique), grands projets inutiles (NDDL), nucléaire, droit de vote des étrangers, retraites, scrutins territoriaux, ondes électromagnétiques, expulsion de Roms, langues régionales, reconversion de l’agriculture… Certes, le socialiste que nous avons n’est pas celui que nous voulions. Sa théorie du Socialisme de l’offre est pour nous une façon de promouvoir la surconsommation en l’enrobant de chocolat pour mieux faire avaler son amertume de l’échec programmé du libéralisme. Mais, sans la présence d’un poids vert, aurions-nous vu aboutir la loi Alur, des propositions de loi sur une consommation différente (bisphénol, obsolescence programmée), la continuation de l’interdiction de l’exploitation des gaz de schistes, un combat mieux porté dans le mariage pour toutes et tous face à une atmosphère d’objection de conscience ?

Nous n’obtenons pas tout ce que nous voulons, mais c’est le dessein du politique, et surtout de l’écologiste, de tendre vers le mieux vivre en combattant chaque jour les réflexes réactionnaires et conservateurs car changer est difficile à appréhender pour tout le monde. Si nous baissons les bras, nous renonçons aux demandes des citoyens qui ont porté l’écologie dans les institutions nationales comme locales.

Et puis après ? Si nous sortons ? Que faisons-nous ? Là est le grand mystère : le projet est mince et les écologistes n’ont pas été habitués à vivre à court terme, eux qui envisagent le monde en considérant les générations futures seraient-ils devenus aussi peu visionnaires ?

L’évidence est là, l’évidence même : si nous sortons, nous nous inscrivons dans une voie de PGisation qui fait actuellement douter jusqu’au partenaire principal de ce parti, nous le voyons dans des approches du Parti communiste pour les municipales. L’opposition pour l’opposition, les bras posés sur les hanches, le menton relevé, la verve agressive et le résultat inexistant ne sont pas dans nos modèles de pratiques politiques. Et après ? On fait quoi ? On retourne vers les socialistes tout penauds en quémandant d’une main fébrile quelques vice-présidences dans des conseils régionaux, quelques places dans les équipes municipales en mettant un cierge pour espérer qu’il ne s’agira pas des espaces verts ? Nous nous dirigeons alors tout droit vers l’inefficacité et, surtout, la vile manœuvre politicienne, si dénoncée par les parangons de la sortie. Si nous sortons, la porte claquera derrière nous et sera fermée pour des années.

Sortir serait là l’écologie du renoncement, de la réaction primaire dictant l’acte le plus inconsidéré qui soit, cédant à ce que Noël Mamère dénommait « la dictature de l’émotion ». Ce n’est pas pour ça que j’ai rejoint Europe Ecologie. La politique autrement ce n’est pas celle des postures en attendant le grand soir. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, et c’est au petit matin qu’on se lève tôt.

L’opposition est confortable pour jouer son schtroumpf grognon, mais moins simple à appréhender si on désire avancer. Les écologistes ont combattus pendant des années pour apporter leurs idées, toutes ne sont pas encore acceptées même si nos partenaires les envisagent, même si nos voisins idéologiques ont renommé « écologie politique » en « éco-socialisme ». Nous ne sommes pas des béni-oui-oui et n’avons pas vendu notre âme comme en témoigne chaque jour nos discours, voire nos coups de gueules. Notre position est acceptée et évidente pour une majorité de citoyens. La majorité aimerait nous voir être plus influents au sein du gouvernement *. Il n’y a, pour eux, rien d’antinomique à être dans une majorité en apportant une vision critique et constructive. Voilà l’écologie que nous voulons et qui s’oppose à celle du renoncement : l’écologie de la résistance. Et surement pas la renonciation.

* Consulter également l’analyse du dernier sondage si commenté…
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Une réponse à “Je ne suis pas là pour une écologie du renoncement

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