La quasi totalité des réserves d’eau françaises contaminées par les pesticides

Dans une étude datée du 22 juillet dernier, le Commissariat général au Développement durable, montre que la contamination des cours d’eau français par les pesticides est « quasi généralisée ». 

carte-pesticides-cours-eau

Pire encore, les réserves du sous-sol sont également atteintes. Selon l’étude :

« les contaminations des nappes phréatiques par les pesticides sont essentiellement localisées, pour les plus fortes, en région Centre, dans les Charentes, le Vaucluse, les Alpes de Haute-Provence, en Martinique, ainsi qu’au Sud de la Guyane et de Basse Terre en Guadeloupe, avec des concentrations totales de pesticides dépassant 0,5 µg/l (norme de qualité DCE). Au nord de l’Hexagone, en nord Bretagne, dans le couloir rhodanien et le Sud-Ouest, les concentrations totales en pesticides des nappes sont fréquemment supérieures à 0,1 µg/l. Les nappes sous couverture argileuse (en Aquitaine et à l’est du bassin parisien) et les nappes de montagne, est et sud du Massif Central, Pyrénées, Alpes, sont les plus préservées puisqu’aucun pesticide n’y est détecté. »

Dans les zones de cultures intensives comme le Bassin parisien, le Sud-Ouest et le nord de la France, certains secteurs dépassent les 5 microgrammes par litre, seuil au-delà duquel l’eau est « impropre à la fabrication d’eau potable ». Plus de 20 pesticides différents ont été décelés sur 18% des points de mesure, précise le Commissariat.

Les conséquences sont maintenant factuelles. Ainsi, ma commune, Saint Jean-de-la-Ruelle (~17000 habitants), au Nord Ouest dans l’agglomération d’Orléans, était « branchée » sur un approvisionnement en eau potable arrivant de la fameuse nappe de Beauce. Mais suite à la pollution, en 2008, un accord a du être signé avec la ville d’Orléans et le Maire communiquait ainsi :

Une décision responsable dans l’intérêt des stéoruellans
Depuis le 4 juillet, les habitants de Saint Jean de la Ruelle sont approvisionnés en eau potable par la ville d’Orléans, à partir des ressources de l’usine du Val.
En effet, l’eau fournie par les forages de la ville présentait une teneur croissante en nitrates et dépassait les normes prescrites par la DDASS, de façon permanente sur 2 forages. Par ailleurs, la ville n’avait pas de solution interne, tous les forages étant condamnés car non protégeables. Après des études et de nombreux débats, il était de notre responsabilité d’agir et nous avons pris la seule décision possible à court terme, permettant de fournir aux habitants une eau de qualité.
Il s’agissait pour les élus du conseil municipal, d’une question de responsabilité et de santé publique et je me félicite qu’aujourd’hui les stéoruellans puissent consommer une eau de qualité.
Par ailleurs, ainsi que je m’y étais engagé, la distribution de l’eau potable à Saint Jean de la Ruelle reste et restera un service public municipal géré en régie directe.

Votre maire,
Christophe Chaillou

Conséquences : afin d’équilibrer les dépenses dues au changement de mode d’approvisionnement du réseau d’eau potable, une hausse des tarifs a été nécessaire. Elle fut lissée sur trois ans pour en réduire l’impact sur les budgets des ménages. Le tarif de l’eau et le droit d’abonnement ont augmenté de 6.90% en 2008, mais cette hausse fut compensée cette année-là par la baisse de la redevance pollution (!).

En 2012, année de sécheresse, le Président de la FNSEA, Xavier Beulin, demandait la création de retenues d’eau qu’il présentait comme une réponse pérenne à la sécheresse en se plaignant de « tracasseries administratives » et de « l’écologie punitive ».

A priori, monsieur Beulin, la punition ne vient pas de l’écologie, mais d’une agriculture intensive épuisant nos ressources, dont vous êtes le fier héraut.

Les écologistes lui avaient répondu de manière factuelle et documentée, par la voix de Gilles Deguet (Vice-Président au Conseil de la Région Centre) :

« Notre système agricole est confronté à un double défi : il faut d’une part produire de l’alimentation pour nourrir la population, et d’autre part il faut le faire dans un contexte où les facteurs de production (eau, sol, énergie fossile…) sont et seront de plus en plus rares.

« Depuis les années 60 l’agriculture a augmenté sa productivité, mais le modèle qui a été utilisé repose sur une forte consommation d’eau, de produits phytosanitaires (néfastes pour la santé et le bon état des écosystèmes) et d’engrais de synthèse produits à partir d’énergie fossile. La Politique Agricole Commune a largement contribué à l’adoption de ce modèle de production.

« Aujourd’hui, ce modèle n’est clairement plus adapté : les ressources fossiles s’épuisent, les ressources en eau qui sont déjà largement surexploitées risquent de diminuer du fait du changement climatique. Les consommateurs qui achètent les produits et les citoyens qui paient pour la PAC veulent une agriculture qui préserve leur santé et leur environnement et non l’inverse. C’est malheureusement très loin d’être le cas.
« Ainsi, Le Commissariat Général au Développement Durable évalue le coût complet du traitement annuel des excédents en nitrates et pesticides d’agriculture et d’élevage dissous dans l’eau entre 54 et 91 milliards d’euros par an ! Soit cinq fois plus que le solde positif de notre balance agroalimentaire ! »

Monsieur Beulin a une bête noire : les écologistes, comme le montre ses petites interventions politiciennes, comme un accusateur encart dans la République du Centre en période électorale où il expliquait tout le mal que représentait EELV à ses yeux.

Les écologistes ne s’axent pas en terme de bêtes noires, mais d’objectif : améliorer le quotidien de chacune et chacun dans le respect de toutes et tous. Voilà notre grande différence.

Article paru sur :

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12 réponses à “La quasi totalité des réserves d’eau françaises contaminées par les pesticides

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  3. Il est facile de jeter la pierre aux agriculteurs sur la qualité et le prix de l’eau. Depuis la fin de la première guerre mondiale on leur a demandé de produire de façon intensive à coups de subventions de l’état et de l’Europe. La responsabilité n’est-elle pas aussi politique ? Aujourd’hui l’eau est le 3em secteur le plus corrompu après l’armement et le BTP ! Alors que c’est une ressource vitale pour l’humanité. Que font nos gouvernants pour moraliser tout cela, où trempent-ils aussi dans cette corruption, ceci expliquerai cela ? Alors déjà retournons en régie de l’eau afin d’échapper à Véolia et Suez. plus d’infos pour un retour en régie de l’eau sur http://www.activeau.fr/retour-regie-eau

    • les hommes politiques sont évidemment responsables : pendant de nombreuses années la lyonnaise des eaux et la générale des eaux ( aujourd’hui Suez) ont été les vaches a lait des hommes politiques leur versant des pots de vins à tour de bras

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  5. Je pense que c’est d’abord sur les consommateur irresponsable qu’il faut jeter la pierre…. On ne peut plus ignorer les conséquences environnementale des produits de supermarché (sans parler des conséquences sur la santé) donc je pense il faut juste dire « Merci a tout ceux qui achetè des produits pas chère en supermarché…. Sans penser aux conséquence…. « 

    • Les produits pas chers mais beaucoup n ont pas le choix ! Du reste nos politiques sont complices de cet état de faits petite fille d agriculteur j ai eu la chance de pouvoir bénéficier d aliment sain sans pesticidep. L agriculture a ce moment était variée et riche. Aujourd hui au nom de la mondialisation il faut produire plus pour avoir plus !!

  6. La responsabilité n’est pas que chez les agriculteurs en effet. Les consommateurs ont aussi leur part en tout ça … Mais que pensez des multinationales qui par l’intermédiaire des caves coopératives écoulent leurs stocks de semences trustées et qui obligent les agriculteurs à appliquer des traitements à des doses élevées ou sinon on n’achète pas leur récolte … on voit que ceux qui vendent les semences et les produits phytosanitaires sont les mêmes d’ailleurs … La seule façon de rompre avec cette situation est de refuser le dictat de la semence protégée de tel ou tel semencier. Quand-même, ce n’est pas parcequ’ils ont modifié même pas 1% du capital génétique de la céréale qu’ils devraient pouvoir prétendre à un copyright sur la totalité … on n’a qu’à modifier la loi dans le sens ou la protection ne s’exerce que sur le pourcentage du capital génétique du végétal qu’ils ont modifié. Et d’une! Puis le seul remède c’est le passage à grande échelle, enfin plutôt le retour à une agriculture mécanique et non chimique … donc biologique … et des débouchées pour les produits il y en a … Après si tout de suite tout le monde travaillait comme ça dès demain il faudrait encore plus de 50 ans avant que les sols et sous-sols retrouvent un état un peu correct. Voilà ce qui laisse rêveur à faire des cauchemars, non?

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  8. Nous nous rapprochons de la cime excessive en tout.
    La terre, la faune et la flore reprendront leurs droits.
    La mutation de notre planète à commencée et l’homme
    sera contraint de suivre ce changement.

  9. Les consommateurs, ils rejettent ce qu’on leur vends. C’est trop facile de se faire de l’argent avec le round up, et ensuite tirer sur ceux qui le répande, alors qu’en étant responsable, il suffirait de ne pas le vendre !
    Idem avec beaucoup de choses d’ailleurs, les armes en premier !

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