Delphine Batho, capitaine abandonnée

Delphine Batho virée : écologiste, j’attends toujours les réformes de François Hollande

LE PLUS. Delphine Batho a été démissionnée mardi 2 juillet du gouvernement. Jeudi, elle a souhaité expliqué les raisons de ce départ, soulignant les « forces commerciales à l’oeuvre ». Ces lobbies ont toujours existé, souligne Jean-Sebastien Herpin, co-secrétaire régional d’EELV dans le Centre, qui attend vraiment plus du gouvernement de Jean-Marc Ayrault en matière d’écologie.

Édité par Mélissa Bounoua

Delphine Batho à l'Assemblée nationale le 4 juillet 2013 à Paris (REVELLI-BEAUMONT/SIPA)

Delphine Batho à l’Assemblée nationale le 4 juillet 2013 à Paris (REVELLI-BEAUMONT/SIPA)

Elle avait promis de dire la vérité, rien que la vérité, et fort heureusement, n’avait pas promis de le faire les yeux dans les yeux. Ce fut donc le cas ce jeudi en direct de l’Assemblée nationale, dans un magma de journalistes en mal de règlements de comptes.

Des explications inédites

Delphine Batho, la ministre débarquée, innovait en un fait presque inédit : être une des rares personnes sorties d’un gouvernement à vouloir en donner la raison.

Delphine Batho en discussion avec Michèle Rivasi aux JDE EELV en 2012 (Crédit : JS HERPIN)

Delphine Batho en discussion avec Michèle Rivasi aux JDE EELV en 2012 (Crédit : JS HERPIN)

Personnellement, il me semblerait particulièrement périlleux, en tant qu’écologiste, de vouloir revenir sur un problème qui, finalement, concerne une ministre socialiste remerciée par un président socialiste.

Certes, comme beaucoup de personnes en orbite dans le milieu politique et qui parfois approche les ténors et soprani parisiennes, j’ai entendu de vilaines choses sur elle : « l’écologie, ce n’est pas son truc », « elle est nulle », « nous n’avons pas confiance dans ses prises de positions », « elle connait mal les dossiers ». Mais ne la connaissant pas suffisamment, n’ayant pas eu un regard sur son traitement journalier du travail en la matière, il serait bien présomptueux de céder à ce qui, finalement, ne ressemble qu’à des bruits de couloirs, trop faciles à ressortir une fois que la bataille est achevée.

Les lobbies ont toujours existé

Il est un discours qui a surpris quelques-uns : Delphine Batho a abordé l’influence importante de « forces économiques » désirant sa tête. « Ces forces ne se sont pas cachées de vouloir ma tête, mais si le gouvernement avait été solidaire, elles n’y seraient pas parvenues », a-t-elle souligné.

Ceci n’étonne aucun écologiste. Le lobbying, nous connaissons : Dominique Voynet en a fait les frais, nos députés européens le supportent au jour le jour. Et comme l’explique Erwan Lecoeur dans « Des écologistes en politique » les mouvements environnementaux ont également connu des infiltrations et des tentatives de déstabilisations par ces mêmes lobbies.

Par ailleurs, en son temps, Jean-Louis Borloo, salué par beaucoup comme une référence en matière d’écologie, a pu signer des permis d’exploitation de gaz de schiste, permis remis en cause par la suite. J’ose espérer qu’il fut victime des lobbies, eu égard à sa réputation de meilleur ministre de l’Écologie du siècle qui s’ouvre.

Prenons un exemple significatif. Rappelons-nous de l’affaire de conflit d’intérêts de Henri Proglio, qui avait été obligé par la suite de céder. Il est toujours PDG d’EDF. Ce n’est plus le gouvernement qui ordonne à EDF, mais l’électricien, de par son poids économique, a su s’émanciper, voire même devenir moteur sur les politiques énergétiques de la France. Et constatons que François Hollande n’a pas fait en sorte de faire partir Henri Proglio de la tête d’EDF.

Rappelons-nous également de Nicole Bricq, ministre éphémère de l’Écologie, précipitamment replacéeau Commerce extérieur après avoir annoncé la suspension de tous les permis de forages exploratoires d’hydrocarbures au large de la Guyane.

Marge de manœuvre et action réelle

Alors Delphine Batho a-t-elle fait ce qu’elle pouvait au ministère de l’Écologie ?

Au regard de son expérience dans le domaine, il est certain que Delphine Batho se devait une période de formation. Malheureusement, a priori, elle commençait à assimiler le sujet, et puis, ce fut le drame : limogée.

Mais il faut se souvenir que Delphine Batho avait constitué une équipe afin d’animer le débat sur la transition énergétique qui doit définir la trajectoire permettant de réduire les consommations énergétiques en France. Et, au sein de cette équipe, on pouvait retrouver Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva et Pascal Colombani, ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique. Les lobbies à l’époque ne semblaient pas la gêner, contrairement à Greenpeace qui avait fortement réagi. Elle avait à l’époque qualifié ce comité de « bonne alchimie« .

Au regard de ses dernières déclarations, Delphine Batho semble devenir écologiste. Il lui aura donc fallu un choc pour en prendre conscience.

Les décisions pour l’écologie se font attendre

Un constat cependant est à apporter. Depuis le soir de l’élection de François Hollande, où il avait placé la transition énergétique au cœur de son discours, nous n’avons rien vu venir. Le prétexte en était qu’il devait y avoir un débat préalable, raison que nous pouvions entendre, c’est par le débat que les décisions peuvent se construire.

Alors profitons de l’arrivée d’un nouveau ministre, Philippe Martin, pour enfin installer ce travail : la transition énergétique ne peut plus attendre, il s’agit d’un tournant industriel, une révolution créatrice d’emploi et une réelle réponse aux crises économiques, sociales et écologiques.

Ce ne sera qu’ainsi que nous jugerons le bilan de ce gouvernement, non sur des déclarations d’intention, mais sur des actes, qui ne pourront alors supporter une dépréciation de 7% de son budget.

Article paru initialement sur Le Plus du Nouvel Obs.

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