PS – Mariage pour tous, la pétition de conscience

Lorsqu’une association, un groupement de personnes ou toute autre organisation engagée dans la vie citoyenne veut attirer l’attention sur un problème particulier, il existe un moyen factuel : la réunion d’un grand nombre de signatures par une pétition.

Même si il est arrivé à tout le monde de signer à la va-vite un texte lu en diagonale que ce soit un dimanche matin, sur un marché, à l’appel d’une ONG ou en ligne, sur Internet, parce qu’on est « bien d’accord » avec la revendication, la signature n’est pas anodine : elle engage le citoyen dans une revendication et elle sera communiquée au(x) destinataire(s) de celle-ci.

Ce lundi 10 décembre 2012, le Parti Socialiste, à grand renfort d’appels sur les réseaux sociaux, lance une pétition rédigée en ces termes :

Lorsqu’une association, un groupement de personnes ou toute autre organisation engagée dans la vie citoyenne veut attirer l’attention sur un problème particulier, il existe un moyen factuel : la réunion d’un grand nombre de signatures par une pétition.

Même si il est arrivé à tout le monde de signer à la va-vite un texte lu en diagonale que ce soit un dimanche matin, sur un marché, à l’appel d’une ONG ou en ligne, sur Internet, parce qu’on est « bien d’accord » avec la revendication, la signature n’est pas anodine : elle engage le citoyen dans une revendication et elle sera communiquée au(x) destinataire(s) de celle-ci.

Ce lundi 10 décembre 2012, le Parti Socialiste, à grand renfort d’appels sur les réseaux sociaux, lance une pétition rédigée en ces termes :

 

Pétition pour le droit au mariage et à l’adoption pour tous

Je veux que la République donne le droit à tous ceux qui s’aiment de se marier et d’adopter. Je veux l’égalité pour tous sans discrimination liée à l’orientation sexuelle. Je veux que tous les couples et leurs enfants, toutes les familles de France, soient reconnus, respectés et protégés.

(Lien de la pétition)

Lorsqu’on évoque de grands appels sur les réseaux sociaux, on peut constater que tout est calibré comme pour une campagne web. Pic Badges (équivalent de petits badges en virtuel à accoler à une photo servant d’avatar sur un réseau social), large image d’en tête pour profil Facebook, interventions multiples dans des groupes mobilisés pour la prochaine loi pour le mariage et la parentalité pour toutes et tous, tweets, retweets et re-retweets. C’était donc pensé !

Mais est-on vraiment en déficit d’information sur le sujet ? Évidemment, en allumant sa radio, sa télévision, en consultant la presse écrite ou en ligne, il faudrait être frappé d’amnésie chronique instantanée pour ne pas noter qu’il s’agit là d’un des sujets d’actualité.

Un parti qui est au pouvoir et qui a le pouvoir

Pour les plus observateurs, il est à remarquer que le candidat du Parti Socialiste a gagné la dernière élection présidentielle. Les plus fins noteront, également, qu’au Parlement, ce parti a une confortable avance même si, pour le Sénat, il peut être mis en difficulté par des alliés peut-être naturels, mais sûrement pas inféodés (Front de Gauche, Europe Écologie Les Verts et des divers gauches).

Dans la campagne du candidat Socialiste, l’engagement 31 était inscrit en toute lettre et fut même mis en avant dans sa campagne, puis dans celle de la majorité élue à l’Assemblée nationale, au grand damne de nombre d’opposants de droite et d’extrême-droite. Ceux-ci ne se sont d’ailleurs pas gênés de reprendre le sujet pour essayer de mettre en difficulté les candidats de gauche face aux électeurs. Bien mal leur en a pris : la gauche a gagné, et la Présidentielle, et les Législatives : les électeurs ont donc voté pour cet engagement 31.

Voilà donc pourquoi, du coté des défenseurs du mariage et de la parentalité pour toutes et tous, la stupéfaction, les railleries, voire l’indignation pour certains, se sont emparées des réseaux sociaux : pourquoi un parti politique alerte-il ses élus, sur un sujet qu’ils se doivent de posséder, du plus haut de l’exécutif aux bancs du législatif : n’avaient-ils pas moyens de communiquer autrement ?

Un déficit de débat ?

Les détracteurs de ce projet ont posé un postulat : il faut un grand débat national, il n’y en a pas, aller même jusqu’au référendum. On pourrait donc en déduire que par cette action, le Parti socialiste a voulu lancer le débat. Mais tout de même, et c’est un argument des défenseurs de cette réforme : le débat existe. Il a été amplifié, puisque existent déjà avant, lors de la présentation du PACS, il y a une bonne dizaine d’années. Il s’est continué au fil des années : la preuve, un candidat en a parlé dans son programme. Et enfin, il se tient, ces dernières semaines, dans l’enceinte même de l’Assemblée nationale par des auditions en commission des lois d’associations pro ou contre l’adoption de cette loi, ainsi que des représentations religieuses de notre pays.

Le débat est bien là, et les socialistes doivent sûrement le savoir. Celui-ci sert aux Français à forger leur opinion, nous le constatons dans les variations des divers sondages parus sur la question ces dernières semaines.

Un déficit de pétition, d’engagements ?

Une autre explication pourrait être un déficit d’engagement de la part des citoyens intéressés, voire même qu’aucune pétition n’ait pu être lancée sur la question !

Pour ce qui est de pétitions, on en comptait six avant l’initiative du PS et on peut en retrouver l’énumération sur l’excellent site PrideMap.

Si il est vrai que la mobilisation des personnes homosexuelles était un peu molle dans les premiers temps, possiblement due à une idée reçue que le texte passerait sans aucun souci, les gesticulations tendant vers l’homophobie des opposants ont ressoudé les rangs. Un autre événement a été également catalyseur : la malheureuse allusion présidentielle à la « liberté de conscience » des officiers d’État civil que sont les Maires et Adjoints : les LGBT ont ainsi été refroidis et, par le doute dans la confiance donnée au candidat qui portait leur revendication, il s’est dit qu’il fallait se mobiliser sérieusement.

Des partenaires peu fiables ?

La gauche est plurielle, chacun le sait. La raison est idéologique et c’est plutôt à l’honneur d’une démocratie.

Sur le mariage pour tous, une large majorité à gauche est obtenue (PS et apparentés, EELV, Radicaux de gauche et Front de Gauche). Sur l’adoption, quelques doutes apparaissent dans les rangs. Là où le bat blesse, c’est sur la PMA (procréation médicalement assistée), mais ce sujet n’est pas dans la proposition de loi et encore moins dans la pétition lancée par les Socialistes.

Source : http://www.mediapart.fr/content/mariage-pour-tous-nos-trois-questions-aux-deputes-et-leurs-reponses

Donc, si la pétition abordait le sujet de la PMA, on comprendrait qu’elle vise des parlementaires en réflexion ou contre, afin d’obtenir une majorité sur ce point au Sénat, chambre où ce projet peut être en difficulté.

Un PS peu convaincu ?

Il est souvent arrivé que les bonnes intentions d’un parti soient mises à l’épreuve du pouvoir : le parti est souvent plus progressiste que ses élus. On pourrait donc imaginer que le PS s’inquiète soudainement de potentielles hésitations de ses représentants au Parlement.

Étonnamment, nous ne sommes pas dans ce cas de figure. Nous l’avons vu cette pétition interpelle sur le mariage et l’adoption, mais omet la question de la PMA. En amont, Fin novembre, un texte signé par une centaine de députés PS est paru affirmant leur engagement sur l’égalité de tous les droits :

« Les femmes qui souhaitent avoir un enfant sans connaître son père biologique le peuvent depuis longtemps. La question de l’assistance médicale à la procréation se pose en ces termes. Faut-il ne rien changer, fermer les yeux sur les prises de risque et sur les inégalités provoquées par les tarifs pratiqués par les cliniques étrangères ? Nous ne le pensons pas. C’est pourquoi nous soutenons l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation à toutes les femmes. » « Nous nous sommes présentés devant les Français avec un programme, et nous avons été élus. Nous entendons tenir nos engagements. Peu de lois marquent autant que celle-là une étape dans la marche du progrès. Nous savons combien cette réforme laissera l’empreinte de l’égalité sur le mandat de François Hollande et sur la génération qui portera son nom. »

Malgré l’évidente avance des députés sur le parti, et si l’intention était de convaincre les sceptiques, la méthode est surprenante : un débat interne eut été plus judicieux, il aurait évité de mettre sur la place publique cette querelle entre les anciens et les modernes. Une autre démarche eut été également possible : demander aux militants actifs sur ce sujet d’interpeller les députés rétifs pour lesquels il s’est engagé dans leurs campagnes. Vous m’avez demandé de vous aider à vous faire élire, nous avions un contrat entre autre sur cette question, respectez le contrat : courriers, mails, réunions internes, les outils sont nombreux.

Ainsi deux exemples nous sont connus, où des élus ont été, à l’initiative au départ de militants, signataires d’engagements sur le sujet : le premier est celui des élus municipaux de l’opposition orléanaise, le second est celui, toujours autour d’Orléans, d’élus écologistes dans diverses municipalités, membres ou de la majorité ou de l’opposition.

Nous le voyons, la cible de cette pétition est plutôt difficile à appréhender. Peut être parce que les rédacteurs, eux-mêmes, de celle-ci n’avait pas une idée précise : ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Nous sommes peut être face au résultat d’une réunion tardive : « Faut qu’on fasse quelque chose, la « liberté de conscience » de Hollande nous a abîmé là où nous étions pionniers – Mais quoi ? – Une pétition ! – Ok, une pétition, sujet suivant ? »

Au delà de cette boutade, si le sujet de la pétition devait être retenue, un autre moyen d’émission eut pu être envisagé. Dans la galaxie PS, existent de nombreuses associations qu’on pourrait qualifier de Think Tank, souvent forces de proposition sur les sujets qu’elles possèdent. Et sur ce sujet, il en est une très progressiste puisqu’elle fréquente assidûment les associations LGBT : HES (Homosexualité et Socialisme). Pourquoi ne pas l’avoir lancé depuis cette antenne ? Sa « presqu’ » indépendance n’aurait pas engagé le parti.

Il semble donc assez surprenant qu’une telle initiative ait pu être prise, et, surtout, une fois de plus, que celle-ci ne rappelle qu’un service minimum de la loi attendue : aucune allusion à la Procréation Médicalement Assistée, même si depuis, Madame Taubira a annoncé que le Gouvernement ne s’opposerait pas à un amendement sur ce sujet, confirmé par Najat Vallaud Belkacem, Alain Vidalie puis François Hollande… Un amendement déposé par les députés socialistes, nous l’avons vu.

Article paru initialement sur Mediapart

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